Pas les 2 ans d'expérience ? La vacation reste ouverte
La loi Valletoux ne dit rien de la vacation, qui est un contrat direct avec l'établissement. Ce que ça change pour un jeune diplômé, un FF ou un AES.

- Le délai de deux ans d'exercice encadre le travail temporaire : il vise les missions conclues via une entreprise de travail temporaire.
- En vacation, il n'y a pas d'agence dans l'équation : l'établissement vous embauche directement, en CDD d'usage ou en contrat court selon son statut. Le délai de deux ans propre à l'intérim ne s'applique donc pas.
- Ce n'est ni un sous-statut ni une astuce : c'est un contrat de travail ordinaire, avec bulletin de paie, cotisations et droits au chômage.
- Une différence à connaître avant de signer : en vacation il n'y a pas d'indemnité de fin de mission, ces 10 % propres à l'intérim.
C'est la phrase que j'entends le plus souvent au téléphone, et presque toujours avec la même voix découragée : « on m'a dit que je ne pouvais pas travailler, que je n'ai pas les deux ans ». Suit un silence, puis parfois : « donc je fais quoi pendant deux ans ? ».
La réponse tient en une distinction que personne ne prend le temps d'expliquer, et qui change tout : intérim et vacation ne sont pas la même chose. Le délai de deux ans concerne le premier. Pas le second.
D'où vient ce délai de deux ans
La loi du 27 décembre 2023 visant à améliorer l'accès aux soins par la confiance aux professionnels de santé, dite loi Valletoux, a encadré le recours à l'intérim en début de carrière. L'idée du législateur était simple : éviter qu'un professionnel commence sa vie active en enchaînant les missions courtes, sans jamais être formé ni intégré dans une équipe stable.
On peut en penser ce qu'on veut. Sur le fond, l'intention se défend : un premier poste, ça s'apprend au contact d'une équipe qui vous voit revenir. Dans les faits, beaucoup de jeunes diplômés se retrouvent surtout devant une porte fermée, sans qu'on leur dise qu'il en existe une autre.
Le point important : ce texte encadre le travail temporaire, c'est-à-dire la relation à trois où une agence vous emploie et vous met à disposition d'un établissement. C'est cette configuration précise qui est visée.
La vacation, c'est quoi exactement
En vacation, il n'y a que deux parties : vous et l'établissement. Il vous embauche directement, pour une journée, une nuit, une semaine. Vous figurez sur son registre du personnel, vous êtes payé par lui, votre bulletin de paie porte son nom.
Concrètement, selon le statut de la structure, ça prend la forme d'un CDD d'usage dans le privé, ou d'un engagement de courte durée dans le public. Dans les deux cas, c'est un contrat de travail normal : cotisations retraite, sécurité sociale, droits au chômage, congés payés. Rien d'exotique.
Et comme aucune agence n'intervient, on ne se trouve pas dans le cadre du travail temporaire. Le délai de deux ans propre à l'intérim ne s'applique pas.
En intérim, l'agence est votre employeur et vous « prête » à l'établissement. En vacation, l'établissement est votre employeur, point.
Qui est concerné en pratique
Quatre profils reviennent constamment, et ce sont souvent les mêmes personnes qu'on retrouve dans les équipes les plus en tension.
Les diplômés de l'année.DEAS ou DEI en poche, parfois déjà des mois de stage dans l'établissement d'à côté, et pourtant renvoyés à un délai de deux ans qu'ils ne peuvent pas raccourcir.
Les faisant fonction.Des personnes qui tiennent un poste d'aide-soignant sans le DEAS, souvent depuis des années. Leur situation est la plus injuste : elles ont l'expérience, mais pas toujours l'antériorité au bon grade.
Les AES et les AMPqui couvrent des postes d'aide-soignant sans avoir d'ancienneté d'intérim à ce grade précis.
Celles et ceux qui reprennent après une longue coupure: congé parental, reconversion, arrêt long. L'expérience existe, mais elle est ancienne ou difficile à prouver sur le papier.
Ce que vous gagnez, et ce que vous perdez
Je ne vais pas vous vendre la vacation comme la solution à tout. Il y a un vrai avantage et un vrai inconvénient, et vous devez connaître les deux avant de signer quoi que ce soit.
L'avantage.Vous travaillez maintenant, au tarif de l'établissement, sans attendre. Vous construisez l'ancienneté et les preuves qui vous ouvriront l'intérim plus tard, si vous le souhaitez. Et vous entrez dans une équipe qui vous voit travailler : c'est comme ça que naissent la plupart des propositions de poste fixe.
L'inconvénient, et il est réel.En vacation, il n'y a pas d'indemnité de fin de mission. Ces 10 % du brut, propres à l'intérim, n'existent pas dans un contrat direct. À taux horaire identique, une journée de vacation rapporte donc moins qu'une journée d'intérim. C'est un fait, pas un détail, et méfiez-vous de quiconque vous dit le contraire.
Les congés payés, eux, restent dus : ils figurent sur votre bulletin comme sur n'importe quel CDD.
Les questions qu'on me pose le plus
« Est-ce que ça compte comme de l'expérience ? » Oui. C'est du travail salarié dans votre métier, il figure sur vos bulletins et vos certificats de travail. C'est même la façon la plus directe de constituer le dossier qui vous ouvrira l'intérim ensuite.
« Est-ce que je peux cumuler avec mon poste actuel ? » En général oui, sous réserve des durées maximales de travail et du repos quotidien, qui s'imposent quel que soit le nombre d'employeurs. Si vous êtes dans la fonction publique, vérifiez votre situation auprès de votre employeur : les règles de cumul y sont particulières.
« C'est du travail au noir déguisé ? »Non, et la question est légitime tant on entend de choses. Il y a un contrat écrit, une déclaration préalable à l'embauche, un bulletin de paie et des cotisations. Si l'un de ces éléments manque, ce n'est pas de la vacation : c'est irrégulier, et il faut refuser.
« Et pour ma retraite ? » Les cotisations sont versées comme pour tout salarié. Vos trimestres se valident normalement.
Comment ça se passe chez nous
Choeur Médical met en relation les soignants et les établissements. En vacation, nous ne sommes pas votre employeur : nous présentons votre profil, l'établissement vous embauche en direct, et nous facturons nos honoraires de mise en relation à l'établissement. Vous ne payez jamais rien.
Le contrat est préparé par nos soins et signé par les deux parties. Vous savez, avant d'accepter, quelles dates, quels horaires, quel établissement et combien vous touchez net.
Un mot d'honnêteté sur la disponibilité : nos missions sont réparties partout en France, mais leur nombre varie selon les périodes et les régions. S'inscrire ne garantit pas une mission demain. En revanche, l'inscription est gratuite et sans engagement, et vous voyez le montant net avant de vous positionner sur une journée.
Ce que je ferais à votre place
Si l'on vous a répondu « pas avant deux ans », posez une question précise à votre interlocuteur : parlez-vous d'intérim ou de vacation ?Beaucoup de personnes emploient les deux mots l'un pour l'autre, y compris dans des services de ressources humaines. La distinction n'est pas un détail de vocabulaire : elle décide si vous travaillez ce mois-ci ou dans deux ans.
Et gardez tout : contrats, bulletins, certificats de travail. Le jour où vous voudrez passer à l'intérim, ce sont eux qui feront la preuve, et personne ne les reconstituera à votre place.
- Le délai de deux ans encadre l'intérim, pas la vacation.
- La vacation est un contrat direct avec l'établissement, avec bulletin de paie et droits ordinaires.
- Pas d'indemnité de fin de mission en vacation : à taux égal, elle rapporte moins qu'une mission d'intérim.
- Elle construit l'expérience qui vous ouvrira l'intérim ensuite, et souvent le poste fixe avant.
Article rédigé par un ancien aide-soignant, six ans en établissement en France et en Suisse. Il donne des repères généraux et ne remplace pas l'examen de votre situation : selon votre grade, votre parcours et le statut de l'établissement, la réponse peut changer. En cas de doute, appelez-nous au 04 65 84 68 56, ou rapprochez-vous de l'inspection du travail. Dernière vérification : 30 août 2026.
